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Quel pays accueille le moins de migrants en Europe ? Les chiffres à connaître sur l’immigration en Europe

Groupe de migrants et voyageurs dans une grande gare européenne moderne avec panneaux de destination

Quand on cherche quel pays européen accueille le moins de migrants, la réponse change selon l’indicateur retenu. Nouveaux arrivants dans l’année, stock de résidents étrangers, demandes d’asile déposées ou bénéficiaires d’une protection temporaire : chaque mesure produit un classement différent, et parfois des résultats contradictoires pour un même État.

Pourquoi le classement des pays change selon l’indicateur d’immigration

Prenons un cas concret. La France affiche environ 6 immigrants pour 1 000 habitants en 2024, ce qui la place parmi les taux les plus faibles de l’Union européenne. En volume brut, elle reste dans les premiers pays d’accueil du continent.

Ce décalage s’explique par la taille de la population. Un petit État comme Malte ou le Luxembourg peut recevoir un nombre modeste de personnes en valeur absolue, mais afficher un taux d’immigration par habitant très élevé. À l’inverse, un grand pays dilue ses entrées dans une population de plusieurs dizaines de millions d’habitants.

On retrouve le même problème quand on compare résidents étrangers et flux annuels. L’UE compte environ 28,9 millions de résidents non ressortissants européens, soit 6,4 % de sa population totale. Cette part monte à 10 % si on inclut les personnes nées à l’étranger ayant acquis une nationalité européenne.

Un pays avec peu de nouveaux arrivants peut donc héberger une proportion significative de résidents nés à l’étranger, accumulés sur plusieurs décennies. Les données sur l’immigration en Europe illustrent bien ces écarts selon l’angle de lecture choisi.

Agent des frontières européen contrôlant des passeports dans un aéroport international

Demandes d’asile et protection temporaire : deux compteurs distincts en Europe

Les demandes d’asile constituent un autre indicateur, souvent confondu avec l’immigration au sens large. En 2025, près de 670 000 migrants ont déposé une première demande d’asile dans un pays de l’UE. Plus d’un million de demandes avaient été enregistrées en 2023.

Déposer une demande d’asile ne signifie pas obtenir un titre de séjour. Une partie de ces demandes sont rejetées, et les personnes concernées font l’objet d’une obligation de quitter le territoire. En 2023, environ 83 370 personnes ont été effectivement renvoyées depuis l’UE, un chiffre bien inférieur au nombre de décisions négatives rendues.

La protection temporaire, un mécanisme à part

Depuis 2022, la protection temporaire accordée aux déplacés ukrainiens fonctionne selon un régime juridique séparé. Elle donne un droit de séjour et un accès à certains services sans passer par l’examen individuel d’une demande d’asile classique.

Mélanger protection temporaire et demandes d’asile fausse toute comparaison entre pays. Un État qui accueille beaucoup de déplacés ukrainiens sous ce régime n’apparaîtra pas nécessairement dans les statistiques de demandeurs d’asile. La Pologne ou la République tchèque, par exemple, hébergent un nombre important de bénéficiaires de cette protection, sans que cela se reflète dans les chiffres d’asile classiques.

Eurostat signale aussi que les pays ne radient pas les bénéficiaires de protection temporaire selon les mêmes pratiques. Certains États procèdent à des radiations administratives massives à certaines périodes, ce qui peut créer des baisses artificielles dans les données mensuelles. Les variations reflètent parfois des pratiques administratives, pas des départs réels.

Taux d’immigration par habitant : où se situent les pays d’Europe

Si on raisonne en taux d’immigration pour 1 000 habitants, les pays qui affichent les niveaux les plus bas en Europe ne sont pas ceux qu’on cite habituellement dans le débat public. La France, avec ses 6 immigrants pour 1 000 habitants en 2024, se trouve dans le bas du classement européen sur cet indicateur.

À l’autre extrémité, des pays comme le Luxembourg ou Malte enregistrent des taux bien supérieurs, portés par leur petite taille démographique et des besoins de main-d’œuvre spécifiques. Certains États d’Europe centrale et orientale affichent également des taux bas en flux annuels, mais leur situation évolue avec l’accueil de déplacés ukrainiens.

Pour comparer utilement, on peut retenir ces indicateurs et ce qu’ils mesurent :

  • Flux annuel brut : nombre de personnes entrées dans le pays sur une année. Favorise les grands pays en volume, mais dit peu de chose sur l’impact réel
  • Taux d’immigration pour 1 000 habitants : rapporte les entrées à la population. Plus pertinent pour mesurer la pression relative sur les services publics et le marché du logement
  • Stock de résidents nés à l’étranger : cumul historique de toutes les vagues migratoires. Reflète la diversité démographique, pas la dynamique récente
  • Demandes d’asile : ne couvre qu’une fraction des migrations, principalement liée aux conflits et persécutions
  • Protection temporaire : régime spécifique (aujourd’hui dominé par le cas ukrainien) qui échappe aux compteurs d’asile classiques

Personnes immigrées consultant des documents administratifs devant un bâtiment gouvernemental européen

Ce que ces chiffres ne disent pas sur l’immigration en Europe

Les statistiques d’Eurostat capturent les mouvements légaux et les demandes enregistrées. Frontex a signalé plus de 385 000 entrées irrégulières en 2023, un chiffre qui par définition ne couvre pas l’ensemble du phénomène.

L’émigration est le grand absent de ces comparaisons. L’Europe est aussi une terre de départs. Des centaines de milliers de citoyens européens quittent chaque année leur pays pour un autre État membre ou pour un pays tiers. Un solde migratoire net donnerait une image plus fidèle que le seul flux entrant.

La contribution économique des migrants constitue un autre angle mort des classements bruts. Selon les données compilées par les institutions européennes, les migrants contribuent à combler des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs, du bâtiment à la santé.

Désigner un seul pays comme celui qui « accueille le moins » revient à choisir un indicateur et à ignorer les autres. Le classement dépend entièrement de la mesure retenue, de la période observée et du statut juridique pris en compte.

Un État en bas du classement sur les demandes d’asile peut se retrouver en milieu de tableau sur le stock de résidents étrangers, ou en haut sur la protection temporaire. La seule réponse fiable passe par la question préalable : « le moins », selon quel critère ?

Quel pays accueille le moins de migrants en Europe ? Les chiffres à connaître sur l’immigration en Europe